Inertie et changements

Inertie et changements

En ces temps troublés d’épidémie dans lesquels nous vivons, je me suis questionné sur les problématiques du changement et de l’inertie qui sont, à mon avis, les deux principales forces de notre réalité.

Dans cet article il ne sera pas question de savoir ce qui est bon ou mauvais, ce qui est meilleur ou pire, ces considérations manichéennes n’ont que peu de sens pour un esprit averti et critique. Il est à chacun de choisir laquelle de ces deux forces doit s’appliquer dans sa vie et à quel instant de cette dernière. Je proposerais ainsi des exemples dans lesquels inertie et changements s’opposent et se complètent tel le Yin et le Yang des Taoïstes.


Comme le disait Le Chatelier[1] par rapport à la chimie, tout changement intérieur provoqué par une cause extérieure induit en retour l’inverse de ce changement chez ce qui a induit ce changement.

Si cette réalité scientifique de l’infiniment petit est aujourd’hui parole de vérité, pourquoi ne pourrions-nous pas supposer qu’à une échelle plus grande elle ne le serait pas également ?



Voici donc une proposition de réflexion quant à notre réalité.

L’inertie est selon le Larousse la propriété de la matière qui fait que les corps ne peuvent d’eux-mêmes modifier leur état de mouvement. Dans cet article, je propose d’aller plus loin que la matière et définit l’inertie comme étant la force qui empêche toutes les autres forces d’induire un changement.

Ainsi, je fixe l’inertie comme étant la force de la « permanence », concept qui s’oppose à « l’impermanence[2] ».



L’inertie est une force que l’on peut voir s’incarner dans notre société sous bien des aspects : le rejet de la monté de l’écologie, le rejet du mouvement végétarien/végétalien, le rejet du mouvement féministe par certains individus etc.

Cependant, l’inertie c’est aussi la stabilité et c’est cet aspect qui m’intéresse. Aujourd’hui, il est difficile de trouver sa place dans notre monde en transformation, or l’inertie par définition, permet l’ancrage[3]. Prenons l’exemple du bambou qui se plie dans la tempête, ce dernier est retenu par ses racines, son point d’ancrage, ce qui lui permet de résister aux intempéries. L’inertie s’incarne dans force. Certains végétaux ont d’ailleurs choisi cette voie de l’inertie à celle du changement : les arbres, les bisannuels, etc.


Néanmoins, cette force qui permet la résilience est aussi un frein à l’évolution et au changement dont elle s’oppose par nature.

Le changement, c’est cette force qui aspire à la modification, à la rupture avec un état précédent, une transition vers un autre état stationnaire.

Le changement c’est la volonté d’améliorer son quotidien, sa société, le monde, la réalité ou encore soi-même.


De nos jours on pourrait croire que notre société aime le changement. D’ailleurs le slogan de notre ancien président n’était-il pas « le changement c’est maintenant ? ».

Le changement c’est aussi un besoin de faire autrement, de ne pas suivre ce qui a été, de ne pas poursuivre ce qui a été commencé. Le changement c’est cette rivière qui déborde et déplace ce qui ne bouge pas. Dans ce débordement, elle brise parfois les arbres ou les ponts mais elle lave aussi les marques de notre passage ou nous erreurs bien que ces dernières ne s’effacent jamais complètement.

Voici donc l’étrange tableau qu’est notre monde : un rocher inerte et une rivière qui s’écoule autour de ce dernier tentant en vain de le mouvoir.



L’inertie et les changements dans notre société :




Notre monde bouge et il bouge vite. Il est possible de vivre un jour à Paris et le lendemain à Tokyo. Il est possible de manger le matin un petit déjeuner à la française, déjeuner mexicain et diner italien en une journée. Les cultures se mélangent, le monde s’homogénéise et pourtant, le communautarisme et le nationalisme ne cessent de croître. On observe ainsi un étrange manège entre les forces du changements et l’inertie de notre société.


Plus le changement de nos modèles économiques semble évident et nécessaire pour notre pérennité, plus nos instances décisionnelles tentent de les maintenir en place. Il m’est venu donc à l’esprit qu’aucun changement de paradigme ne pouvait se faire dans la douceur et la progressivité car l’ensemble des volontés individuelles ne représentait pas une direction mais un point stationnaire. En effet, il semble illusoire de tenter de faire coïncider les volontés et les désirs de sept milliards et demi d’êtres si différents bien que similaires.

Ainsi, on assiste avec peine aux conflits et divisions de notre population jusqu’à ce que chacun soit contraints de prendre parti dans cette valse éternelle : serais-je acteur du changement ou réfractaire à ce dernier ?


Lorsqu’on prend conscience de l’urgence écologique à venir, on serait tenté de prendre le parti des acteurs du changement, réduire sa consommation de viande, sa consommation d’eau, d’électricité, de déchets néanmoins la vraie question, à mes yeux, serait plutôt la suivante : jusqu’à quel point puis-je accepter un changement et le supporter de manière durable ?


En effet, ce n’est pas tant de changer mais de maintenir ce changement qui est difficile. L’exemple des diverses révolutions en est la preuve, la Commune de Paris n’avait-elle pas en son temps tenté d’instaurer de nombreuses réformes sociales ? Pourtant après cet épisode tragique, peu de ces dites réformes furent conservées. Ces épisodes nous apprennent néanmoins plusieurs éléments quant à notre société et notre mode de fonctionnement :

Les changements se font brutalement après une période de grandes tensions et les évolutions ont tendance à se résorbés après l’impact initial.



Il est donc plus important de s’interroger plus sur notre capacité à accepter le changer qu’à notre degré d’implication dans un contexte exceptionnel que serait une crise.

Cette notion d’acceptation corrobore avec la notion d’inertie, non comme rejet mais comme force de résilience. Notre réalité n’étant qu’alternance de changements et d’inertie, notre seul point de levier repose en nous même et notre capacité à nous adapter.



Le changement et l’inertie dans notre quotidien


Puisque l’inertie et le changement ne sont que les deux faces d’une même pièce, on peut amener à se questionner sur l’intérêt de cette réflexion quant à notre quotidien.

Si les changements sont inévitables, on peut les prévoir, ou au moins se préparer pour les vivre au mieux. On peut ainsi penser que notre société actuelle n’étant que peu pérenne, il est de notre bon sens de se préparer au cas où elle pourrait s’arrêter.


L’Histoire nous a appris que ce ne sont pas des grandes réserves qui permettent une résilience durable. La pyramide de Maslow peut être un outil intéressant pour réfléchir à nos « basiques », de quoi manger et boire le temps de pérenniser notre autosuffisance, de quoi se tenir au chaud le temps de passer l’hivers etc. L’idée n’est pas de devenir un ermite mais maître de son destin dans la mesure du possible. (Nous sommes bien loin d’une promotion du mode de vie survivaliste ou même de la collapsologie[4])


Cependant il est important de comprendre qu’en cas de crise aucune de ces mesures n’aura réellement d’impact puisque nous ne saurons pas si la préparation sera suffisante à assurer notre survie. Ces réserves ne s’inscrivent que dans une logique préventive, afin de limiter la panique et l’anxiété d’une telle crise.


Le changement mesure notre capacité à accepter la nouveauté et vouloir l’expérimenter. D’une certaine manière on peut dire que la vie est le changement ou encore que le changement soit une des forces de la vie.


En naturopathie, une des notions clés est la vitalité, c’est-à-dire la force dont est capable la vie à travers notre corps. On l’observe à la qualité de nos cheveux, de nos ongles, à notre teint, notre capacité à supporter la fatigue etc. Cette notion de vitalité comprend une part d’immatériel, puisque cette dernière n’est pas mesurable. La vitalité, étant la force d’expression de la vie, est généralement plus élevée chez les enfants que chez nos grands-parents.


Le fait même de vivre consomme notre vitalité. Puisque nous consommons cette énergie, on peut supposer qu’elle n’est pas éternelle ni infinie puisque chacun d’entre nous est mortel jusqu’à preuve du contraire. On peut donc aisément lier vie et changement de ce fait, le changement est temporaire comme le sont nos vies, le changement est donc une notion rattachée à nos vies.


On peut observer cela chez les enfants : ils acceptent ce qui nous semble difficile et le font sans jugement. Leurs mots sont frappant de part leur vérité et leur franchise. Cependant, on remarque qu’ils sont rapidement affectés par leurs émotions dès que la fatigue se fait sentir ou que les changements sont trop importants.


C’est précisément parce que les émotions et les changements ne peuvent pas toujours être supportés tel quel que l’inertie est nécessaire, tel un rejet du changement, elle permet de mieux supporter le changement. Aussi il ne faut pas fuir cette inertie, cette force d’ancrage, mais l’accepter comme une source de stabilité nous permettant de croître toujours en notre fort intérieur.


Pour se transformer soi-même, on peut concevoir une transition douce et progressive vers un équilibre, une recherche de pérennité qu’on sait illusoire puisque tout est par nature impermanent. Cet équilibre comme raison de vivre se retrouve chez les Grecs anciens avec leur rejet de l’excès, chez les Taoïstes avec le Ying et le Yang, chez les Zoroastriens avec la balance du bien et du mal qui a elle même inspiré les peuples judéo-chrétiens ou encore les musulmans avec ce qui est interdit et ce qui est bon. Cette notion est capitale pour l’épanouissement puisqu’en visant l’équilibre, nous expérimentons un bien-être qui s’inscrit dans la durée et non une forme de paradis artificiel que pourraient être les stupéfiants.


Comme disait Lao Tseu, « il faut trouver sa voie » ou encore Voltaire « Il faut cultiver notre jardin » bien que les impératifs qu’on se donne ne sont à mes yeux qu’une énième injonction, il m’aurait ainsi semblé plus juste de dire « qu’il est bon de trouver sa voie » ou encore « quel bonheur que de cultiver son jardin » mais cette opinion n’est pas à développer aujourd’hui !

Jean-Marie Poulle, Naturopathe et phytopraticien


[1] Voir "Equilibres chimiques" dites les Lois de Le Chatelier. [2] L’impermanence est un concept philosophique bouddhiste qui considère que rien n’est éternel, que tout est voué à disparaître un jour, le monde étant fini et alternant entre des phases de création de l’univers et de destruction de ces derniers. [3] L’ancrage est une notion fondamentale en naturopathie qui consiste à exprimer le besoin de stabilité pour pouvoir supporter un changement ou un stress. Sans ancrage, le corps ou l’esprit risque d’être emporté par le flot du changement/des émotions et noyer la conscience. [4] La collapsologie ou la science du Collapse de l’anglais effondrement, repose sur une étude des problématiques que l’on pourrait rencontrer en cas d’un effondrement de notre société, la cause pouvait aussi bien être une montée du fascisme qu’une pandémie mondiale voire une attaque d’aliens pour certains survivalistes américains.

5 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout